Émilie Gombert
Céramiste artisanale, Perche
Je voudrais faire des pots, où le vide dessiné au creux dans la matière, accueille aussi un peu de sens en son sein.
Des pots contenant des mondes flottants, qui fassent voyager de notre pré, au pays du matin calme, à la poésie de l’empire Song, aux anciens bois du Tarn et d’Aveyron de mon grand-père, ou dans n’importe quel ailleurs que l’on a en soi, sans passeports, sans checkpoints et sans pétrole, tout en gardant mains et pieds ancrés dans la terre où l’on vit et que l’on travaille.
La création de mes poteries au cœur d’une ferme, elle-même conçue et travaillée comme un lieu de séjour mais aussi de production alimentaire et d’espaces préservés pour faune et flore sauvages oblige à y repenser des conditions souhaitables de production de beauté et de fonctions. Elle ouvre un chemin de recherches sur la manière et la matière à portée de main : terres sauvages, cendres végétales, minéraux...
Ce qui pourrait être considéré comme une limite y est en réalité un fil sur lequel funambuler, une règle qui n’abolit pas le jeu mais l’enrichit, informe les gammes de couleurs, singularise le grain des surfaces, oblige à l’attention et à l’invention face au concret qui nous entoure et à l’étude des potiers qui nous ont précédés.
La céramique y retrouve sa fonction première de contenant pour des productions vivrières mais aussi d’empreinte d’une certaine conception du monde.
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